17 janvier 2009

Sandra Lachance, une artiste proche de nous...

Sandra Lachance, artiste québecoise multidiciplinaire, continue de densifier le déploiement de la “perte identitaire” sur le mode de l’autofiction, et met ainsi en place un système d’explorations et de narrations dans une pluralité d’espaces virtuels, fictionnels et urbains.


Sa pratique artistique est ainsi une investigation “a-identitaire” installée dans des espaces de transitions qualifiés par Marc Augé de non-lieux(1) . Le vocabulaire principal de sa pratique est l’accumulation d’enregistrements sonores, vidéographiques et photographiques avec pour but une réappropriation afin d’en oeuvrer une interprétation personnelle et fictionnelle(2) . L’objectif est d’éveiller chez le spectateur l’existence de l’autre dans des espaces ou le corps est dématérialisé, oublié. Paradoxalement, pour Lachance, l’esprit circule toujours “librement” dans ces lieux à la manière des électrons, tout en étant, dans l’impossibité de communiquer avec autrui, enfermé parmi la foule.

Mais il ne faut pas tendre vers la méprise, car il ne s’agit pas là, de catégoriser les classes sociales, les vieux, les pauvres ou encore les “fous de nos quartiers”, mais de parler d’anthropologie sociale traitant de l’enfermement et de “l’isolement territorial”. L’homme par définition se construit une identité tribale mais aussi une identité territoriale. Ainsi, errant dans certain espace public, l’individu, peut parfois perdre ses repaires identitaires et s’isoler dans un certain mutisme, qui semble souvent, représentatif de notre société contemporaine. Car c’est en effet d’un individu esseulé et d’une societé isolée dont traite Sandra Lachance par le biais de ses oeuvres d’art. C’est le reflet d’une comédie humaine étouffée, enfermée, silencieuse qui est au coeur des préocupations de l’artiste.

C’est en 2008, au Studio National d’Arts Contemporain du Fresnoy(3)  en France, qu’elle spatialise la non-communication et l’isolement carcéral par le son. En effet, L.O.O.S matricule 4444, est une installation sonore composée de treizes haut-parleurs directionnels, diffusant trois thématiques sonores différentes. Le spectateur-auditeur pouvait donc distinguer dans un premier temps, le bruit ambiant d’une prison, puis dans un second temps les voix des détenus, pour ensuite percevoir dans un troisième moment la juxtapotion des deux premières trames sonores donnant lieu à la troisième. Ainsi le spectateur détectait, par la spatialisation du son : un “mouvement”, ou le “va et vient” d’une prison française, caractérisant quant à elle l’enferment physique et psychologique d’un individu. Un simple cube était mis à disposition du spectateur, afin qu'il puisse tranquillement s’asseoir tout en provoquant par son geste un détecteur de mouvement, qui par un jeu de lumière, l'isolait dans la pénombre du lieu carcéral. Force est de constater que cette installation contemporaine, témoigne d’une certaine austérité visuelle, d'un enfermement qui répondent de plus en plus à l’actualité politique et sociale de notre époque.

Le travail artistique de Sandra Lachance est à suivre de près, il met en abîme l’isolement de chacun face à nos errances journalières.




  1. Non-Lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité, Le Seuil, 1992 : dans cet ouvrage, Marc Augé analyse les « non-lieux », terme par lequel il désigne des espaces interchangeables où l'être humain reste anonyme, comme les moyens de transport, les grandes chaînes hôtelières, les supermarchés mais aussi les camps de réfugiés. L'homme ne vit pas et ne s'approprie pas ces espaces avec lequel il a plutôt une relation de consommation.
  2. Serge Doubrovsky fut le premier à définir le terme d’autofiction en affirmant que ce style littéraire est un mélange entre le roman et le journal intime. Il définit sa propre entreprise d’autofiction ainsi : « Fiction d’événements et de faits strictement réels ; si l’on veut, autofiction, d’avoir confié le langage d’une aventure à l’aventure du langage, hors sagesse et hors syntaxe du roman, traditionnel ou nouveau ». (S. Doubrovsky. 1988, p 77).
  3. 2008 - L.o.o.S matricule 4444, Panorama 9- 10, Le studio national d’arts contemporains Le Fresnoy. Tourcoing. France.

Posté par la patronne à 13:03 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Sandra Lachance, une artiste proche de nous...

    c'est noté , chef !!

    à suivre donc. les description de l'artiste est alléchante et très stimulante... je le mets dans un coin de mon cerveau immatériel

    Posté par fred2baro, 18 janvier 2009 à 20:38 | | Répondre
  • Un thé à la menthe?

    @fred2baro : vous ici? Oui ce travail est à suivre. Sandra Lachance n'est pas qu'une artiste contemporaine de talents, elle est aussi le futur visage de l'art contemporain quebéco-canadien. Peut-être, la prochaîne Michael Snow.

    Posté par la patronne, 19 janvier 2009 à 11:26 | | Répondre
  • J'oubliais :http://www.sandralachance.net/

    Posté par la patronne, 19 janvier 2009 à 11:37 | | Répondre
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